Interview Rose

   

Rencontre avec Rose Lecat

Lauréate 2019 du fotofever prize with Dahinden



 


Que représente la photographie pour vous?
La photographie est mon moyen d’expression, de communication. Avec une photo on peut dire tellement de choses sans avoir besoin de discours. Dénoncer, lutter, rêver, en capturant ou retranscrivant une réalité ou une sensation vécue. Archiver des faits, capturer la beauté ou l'horreur et partager, dialoguer.

Qu'est-ce qui vous inspire?
Ce qui m'inspire visuellement, c'est le travail d'amis et de collègues photographes et artistes, les expositions, les festivals de film documentaire ou photo, les livres et des récits qui reconstituent des tableaux de vie, ça peut être aussi des images que je découvre sur les réseaux sociaux (Pinterest/ Instagram/...) J’ai des carnets remplis de visuels que je glane.
Mais ce sont également des icônes de la photographie tels que Françoise Huguier, Susan Meiselas, Dorothea Lange, Seydou Keïta et des artistes tels que Kiki Smith, Annette Messager, Christian Boltanski, Louise Bourgeois, Viviane Sassens,...

Qui vous inspire?
Ce sont les personnes que je rencontre. Leur vie, leur identité, la société ou un groupe auquel ils appartiennent ou non, la différence des gens, des modes de vie, la survie et la lutte, tout cela est source d’inspiration pour moi.

Quelle est votre photographie préférée?
De la photographie documentaire à la photographie plasticienne en passant par le reportage ou le portrait, je suis sensible à toutes ces écritures. Mais ce qui me touche particulièrement c'est lorsque la photographie aborde un angle sociologique qui donne place à un contexte environnemental ou social, par l'image elle-même, le texte ou le son.

Qu'attendez- vous de cette année en tant que lauréat du Fotofever prize with Dahinden?
Depuis l’obtention de mon diplôme à l'École des Beaux-Arts de Rennes, ma pratique photographique a été essentiellement portée vers le documentaire ou le photojournalisme. Fotofever m'a permis en quelque sorte de dévoiler une écriture plus en adéquation avec ce que je recherche dans le documentaire, où la forme et le fond se confondent dans une réflexion sur le sujet. Les diptyques composés de portrait et de paysage sont très importants dans ce sujet où le paysage est aussi magnifique que dangereux pour ces personnes qui risquent leur vie en les traversant. Je suis heureuse qu'un travail qui traite de l'immigration et qui dénonce le danger des frontières fermées ait sa place dans un salon d'art qui va, je l'espère, pouvoir toucher un autre public que celui de la presse traditionnelle.

Racontez-nous les coulisses d'une des photos
En mars 2019 je me suis rendue dans les Alpes avec mon amie photographe Valentina Camu. Nous travaillons ensemble sur la possible suite d'un reportage sur « les cols de la solidarité » pour la revue États d'Urgence. Ce soir-là, une tempête de neige s'est abattue sur les montagnes. Avec Valentina nous avons pu suivre une maraude organisée par des personnes solidaires de Briançon. Abrités sous un arbre, un maraudeur et moi, regardions la neige qui tombait tout autour de nous, la nuit noire avait laissé place à un cocon blanc qui réfléchissait la lumière de la ville sur le flanc de montagne. Il n'y avait pas un bruit. Lorsque soudainement, des silhouettes apparurent dans le paysage, nous nous mîmes à courir dans leur direction. C’était un groupe de réfugiés, l’un était blessé à la jambe, d’autres risquaient l’hypothermie, il fallait leur venir en aide. Nous nous remîmes à courir tous ensemble, cette fois, vers la forêt pour qu’ils se cachent. Cette scène des réfugiés qui courent, enfoncés jusqu'aux genoux dans la neige, a été un des moments le plus marquant de ce que j'ai pu vivre au côté des exilés dans la montagne. La peur, la force, la solidarité d'un groupe qui ne se connait pas ou peu. Et les risques que prennent les maraudeurs pour porter secours aux réfugiés alors que la police les traque, exilés comme solidaires.

        

avec sa série À la frontière des montagnes, après le désert et la mer



  
    

Paroles du jury



 


« Il se dégage des photos de Rose Lecat, une puissance poétique rare qui empêche la banalisation du regard. Est-ce parce que Rose a pris le temps de suivre pendant trois ans ces hommes revenus de tout mais échoués sur cette frontière si étrangère pour eux, si proche pour nous, et pourtant si lointaine à tous. Une sorte de rêve cotonneux dans lequel ces hommes semblent condamner à un inexorable surplace. » - Bastien Speranza (Dahinden) -

« La vie des autres... La documenter pour la comprendre. La partager pour ne pas rester indifférent. C'est toute la force du travail de Rose Lecat, toujours plus sensible. » - Dimitri Beck (Polka Magazine) -