A QUEL PRIX ?


LE PRIX D'UNE PHOTOGRAPHIE

TOUT CE QU'IL FAUT SAVOIR




 
Voici quelques conseils destinés à accepter en connaissance de cause un prix qui vous paraisse juste au moment où vous achetez ou vendez ; ce prix correct est la pierre angulaire d’une bonne transaction.


Comment se compose le prix d'une photographie :

 
l'artiste : son expérience, sa renommée, son originalité, sa position sur le marché
la qualité artistique de l'oeuvre : son intérêt, son esthétique évidemment
la rareté de l'oeuvre dans l'offre existante
l'histoire de l'oeuvre 
la technique et le support du tirage
le nombre de tirages
le format du tirage 
l'utilisation d'outils de façonnage, d'impression et de mise en valeur.


© Mathilde Nardone courtesy Luisa Catucci Gallery

Une particularité de la photo (par rapport à un tableau ou une lithographie) est le coût de façonnage pour transposer un cliché sur un support qui le valorise ; à titre d'exemple un support Diasec monté sur aluminium avec dispositif d'accrochage coûte entre 200€ à 800€ selon son format.

Evitez un façonnage hors de prix pour une épreuve de moindre valeur, ce serait comme si on encadrait luxueusement un affiche.. sauf s'il y a une raison spécifique, historique par exemple.
 


Estimer le prix d'une photo : cherchez l'artiste

 
Quand vous achetez une photographie, vous rétribuez d'abord le photographe sous forme de droits d'auteur ; alors intéressez-vous à lui, l'auteur, l'artiste :
 
est-il vivant ou décédé, connu ou peu, très exposé ; ses oeuvres circulent-elles dans le monde de l'art, sont-elles même dans des institutions ? Ces réponses sont dans la documentation sur l'auteur, sa biographie ; elles peuvent vous être données par le vendeur, c'est notamment le travail des galeristes qui, sur ce plan, sera toujours supérieur à celui des ventes en ligne…

s'il s'agit d'une photographie importante pour votre collection, vérifiez l'époque de sa création au sein de sa production, sa position dans un éventuel mouvement artistique, les accidents de la vie ou du marché qui auraient pu altérer le tirage…

l'auteur vient-il d'être distingué par un prix reconnu dans le monde de l'art ? les Prix vont du plus prestigieux comme le Prix Photo AFD/Polka relayé par la MEP (Maison Européenne de la Photographie), au plus spécialisé comme le fotofever prize réservé à la jeune photographie contemporaine…

une de ses oeuvres vient-elle d'entrer dans une collection prestigieuse comme celle d'HSBC ou une institution ? la médiatisation de l'événement est un facteur important dans la reconnaissance de l'auteur

celui-là est jeune, inconnu, mais son travail vous lance une émotion telle que vous lui pressentez un joli devenir : pourquoi pas, cela s'appelle un coup de cœur, belle maladie ! simplement le risque que vous prenez devrait se traduire par un prix relativement modéré.
 


Le marché de la photographie est international

 
Le facteur international est important pour les auteurs et artistes photographes à partir d'un certain niveau ; les grands collectionneurs y prennent garde :

un paradoxe : l'art est devenu international mais l'origine de l'artiste et l'endroit où il "vit et travaille" comptent ; quelle est sa "transnationalité", sa faculté (avec l'appui de son agent ou galeriste) d'être visible ailleurs, de passer les frontières ?

Il y a sur le marché de l'art une incidence locale voire nationaliste :
Les chinois achètent beaucoup chinois, les américains achètent américain, etc ; à l'inverse des auteurs français peu connus ici atteignent des prix élevés en ne vendant qu’en Asie ou dans les pays du Golf. Certains auteurs étrangers célébrés ici sont inconnus chez eux ou peu valorisés, comme ces photographes africains récemment mis en valeur dans plusieurs grandes expositions. De sorte que le collectionneur avisé veille l'émergence des nouveaux courants géographiques pour s'y intéresser dès leur début sur le marché.


l'économie d'un pays est déterminante pour la représentativité de ses auteurs et atistes ; ce n'est pas nouveau, de tous temps les arts ont été développés dans les pays riches : Venise, Constantinople… la France entre les deux guerres,les USA depuis la fin de la 2è guerre et, désormais, la Chine. Ainsi on constate sur le marché que les oeuvres d'un artiste vivant aux USA sont proposées en France à un prix presque double qu'il ne le serait s'il y était résident ici.


© Regis Sidney courtesy Redprint: dna


En photo avez vous la cote ?


? La cote d'un artiste sur le marché de l'art est basée sur les ventes aux enchères uniquement, où il y a une obligation de publication ; les ventes dans les galeries ou par l'artiste n'interviennent pas sur la cote car elles sont confidentielles : la cote est un indicateur ne concernant que le "second marché", celui de la revente.

La cote est un indicateur de la valeur d’une oeuvre donnée, obtenue par constat officiel publié lors d'une enchère. Donc, dire qu’un artiste est "bien coté" est très relatif : non seulement c’est son oeuvre qui l’est, mais le prix peut être très variable dans le temps !

On peut parler de la cote d'un auteur si l'on considère la compilation des résultats statistiques de toutes ses reventes et leur répartition au cours du temps ; alors elle constitue une reconnaissance publique du marché envers cet artiste.
 


Mais ce photographe n'a pas de cote…

 
Ce bon photographe, reconnu par les galeristes et collectionneurs, n'a pas ou peu de cote : est-ce un problème ? c'est là qu'il vous faut nuancer, car l’absence d’une cote significative n’est pas obligatoirement dévalorisante :

certains photographes contemporains connus et appréciés figurent peu au second marché, simplement par le fait que leurs collectionneurs ne veulent pas se séparer de leurs oeuvres, qu'ils apprécient particulièrement

ou souhaitent attendre que les prix montent ; la spéculation sur les oeuvres est courante

si l'auteur peu vendu aux enchères a une galerie connue qui le suit, qu’elle le vend bien, alors sa réputation est suffisante pour qu’elle fasse toute seule autorité par les prix qu’elle pratique.
 
       

Comment et où faire estimer une photographie ?

 
Dans le domaine de la photographie contemporaine, distinguez schématiquement deux approches de la valeur d'une oeuvre :

les oeuvres de 2, 3 jusqu'à 5 000€ qui est la barre convenue de l’art dit "abordable" ; ce domaine est peu patrimonial, les artistes sont nombreux, parfois émergeants, les achats dans cette gamme forment 80% du marché européen en volume ; l'intérêt de faire estimer une photographie est faible d'autant que l'oeuvre n'a souvent pas (encore) de cote et que les galeries pratiquent des prix comparables

les oeuvres au-dessus de 3-5 000€ où l'estimation est d'autant plus importante que vous êtes dans la sphère de l'art spéculatif ; même si votre motivation est essentiellement artistique, vous gardez forcément en arrière pensée l’effort financier nécessaire à l'acquisition !


© Linet Sànchez Guitérriez courtesy Achillea Gallery
 

Dans ce cas comment estimer la valeur d’une photographie, démarche subjective qui dépend aussi des sources consultées ?


consultez les cotes en ligne :
▶ vous pouvez consultez les résultats enchères par enchères, mais elles ne sont pas toutes complètes et c'est très fastidieux
▶ consultez les grandes banques de données Artprice, ArtNet ou Drouot ; seule Artprice couvre toutes les ventes mondiales (sauf les chinoises et celles de certains pays émergents) ; aucune base n’est gratuite, il faut s'y abonner ou payer au coup par coup

faites estimer une photo en ligne :
▶ Drouot Estimations met en ligne son service d’estimation, du gratuit au payant ; c’est une estimation très générale et non contractuelle, c’est normal sans voir la pièce en vrai
▶ les maisons de vente qui ont un Département Photographie mettent en ligne un formulaire pour vous permettre d’estimer le prix d’une pièce dont vous voudriez leur soumettre une image documentée ; cela a le mérite de la rapidité, pour vérifier que vos espoirs sont fondés... ou non !

faites expertiser de visu une pièce à vendre :
▶ rien de mieux que de la montrer à un expert qui s’appuie, lui, sur la cote de l’artiste pondérée avec la qualité réelle de l’oeuvre, son état et le marché ; c’est la méthode la plus sûre à condition de répéter la démarche avec deux sources
▶ pour cela sélectionnez un expert dans la spécialité Photographie en consultant le site du Syndicat Français des Experts Professionnels en Oeuvres d’Art et Objets de Collection, ou celui du Syndicat Français des Experts Professionnels en Oeuvres d'Art

arpentez les foires et salons :
▶ les salons spécialisés en photographie contemporaine, dont fotofever en novembre est le plus important, réunissent une palette de galeries expertes ; ce n'est pas du tout le moment de les importuner pour expertiser votre photographie, mais prenez contact pour le faire plus tard
faire le tour des exposants vous permet, par sélection des photographies comparables présentées, d'appréhender la gamme des prix pratiqués

consultez les galeries :

▶ les galeries spécialisées dans la photographie ont une bonne expertise du marché, à condition que ce soit dans les genres qu'elles représentent
▶ si elles soutiennent des auteurs et artistes "à elles", il est moins aisé de lui demander l’estimation d’une oeuvre d’un artiste d'ailleurs ; renseignez-vous donc d'abord sur leurs activités et leurs artistes